Cap-Haïtien : la réhabilitation de la route de Madeline ravive l’espoir et les doutes
Le lancement des travaux sur un tronçon stratégique de la RN3 est accueilli favorablement par plusieurs habitants, mais des experts alertent sur l’absence persistante d’un véritable plan de maintenance routière dans le Grand Nord.
Vendredi 15 mai 2026, le ministre des Travaux publics Joseph Almathe Pierre-Louis a officiellement lancé les travaux de réhabilitation du tronçon de la RN3 reliant le carrefour SOS au carrefour de l'aéroport international du Cap-Haïtien. 2,4 kilomètres. Quatre voies. Des giratoires. C'est une bonne nouvelle. Mais des experts préviennent : sans plan de maintenance sérieux pour l'ensemble des axes routiers du Grand Nord, on sera au même point dans dix ans.
À Madeline, les habitants avaient fini par adapter leur quotidien à l’état de la route.
Dès que la pluie tombait, la route se transformait en interminable bouchon. L’eau stagnait sur plusieurs portions de la chaussée.
Les motocyclistes et tricycles contournaient les flaques. Les passagers descendaient parfois pour continuer à pied.
« On pouvait mettre près d’une heure pour traverser le tronçon », raconte Yvrose Joseph, marchande à Petite-Anse.
Vendredi 15 mai dernier le ministère des Travaux publics a officiellement lancé les travaux de réhabilitation du tronçon reliant le carrefour SOS au carrefour de l’aéroport international du Cap-Haïtien, sur la RN3.
Ce projet, financé par la Banque mondiale dans le cadre du Programme de connectivité résiliente et d’accessibilité du transport urbain (RUTAP), porte sur la réhabilitation de 2,4 kilomètres de route. Les travaux sont confiés à TC S.A. (Entreprise Transport Construction S.A.), une entreprise haïtienne spécialisée dans les infrastructures et les travaux publics, sous la supervision de l’Unité centrale d’exécution (UCE) du ministère des Travaux publics.
Dans les documents techniques consultés par Password Agency News, le diagnostic est sévère : chaussée fortement dégradée, drainage insuffisant, absence de trottoirs et congestion chronique. Par temps de pluie, certaines sections deviennent difficilement praticables. En saison sèche, la poussière envahit les habitations voisines.
Le projet prévoit l’élargissement de la route à quatre voies, l’installation de systèmes de drainage, la création de giratoires ainsi que des aménagements destinés à fluidifier la circulation autour de l’aéroport et du carrefour SOS.
Le chantier intervient dans un contexte particulier
Le lancement du chantier intervient quelques semaines après plusieurs journées de mobilisation dans la ville.
En effet, fin avril, des habitants avaient bloqué plusieurs axes routiers pour dénoncer l’état des infrastructures, les inondations répétées et l’absence d’entretien des canaux. Pendant plusieurs jours, les deux principales voies d’accès au Cap-Haïtien avaient été paralysées.
Dans ses précédentes enquêtes, Password Agency News avait documenté la dégradation progressive du réseau routier du Grand Nord et les difficultés de maintenance des infrastructures existantes.
À Cap-Haïtien, le chantier de Madeline dépasse désormais le simple cadre d’une réhabilitation routière. La ville connaît depuis plusieurs années une croissance rapide, dans un contexte où l’insécurité a progressivement déplacé une partie des flux économiques et institutionnels vers le Nord. Le trafic autour de l’aéroport et des principaux corridors urbains s’est intensifié, accentuant la pression sur des infrastructures déjà fragiles.
Pour plusieurs spécialistes interrogés par Password Agency News, la question essentielle dépasse toutefois le chantier lui-même.
« Réhabiliter une route est une chose. Maintenir son entretien dans le temps en est une autre », résume un expert du secteur des infrastructures.
Le Fonds d’Entretien Routier (FER), chargé du financement de la maintenance du réseau national, dispose de ressources limitées au regard des besoins réels. Plusieurs axes réhabilités ces dernières années se sont rapidement détériorés faute de suivi régulier.
Autrement dit : le problème des routes haïtiennes ne commence pas toujours avant les travaux. Il commence souvent après.