Eau potable au Cap-Haïtien: la DINEPA annonce un avancement de 87,2 %de son projet de réhabilitation du réseau
La DINEPA indique que le vaste projet de réhabilitation du réseau d’eau potable du Cap-Haïtien a atteint 87,2 %, mais plusieurs défis persistent.
Dans un entretien exclusif accordé à Password Agency News, Pierre Bernardin Poisson, Directeur de l'Office régional eau potable et assainissement du Nord (OREPA-Nord), revient sur l’état d’avancement du vaste chantier de modernisation du système d’alimentation en eau potable du Cap-Haïtien. Un projet engagé depuis plusieurs années dans une ville où la demande ne cesse de croître.
À Cap-Haïtien l’accès à l’eau potable demeure l’un des principaux défis urbains de la deuxième ville du pays. Confronté à une croissance démographique soutenue et à l’expansion continue de ses quartiers périphériques, Cap-Haïtien voit ses infrastructures historiques soumises à une pression croissante depuis plusieurs années.
Face à cette réalité, la Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (DINEPA), à travers l’Office régional de l’eau potable et de l’assainissement du Nord (OREPA-Nord), poursuit un vaste programme de réhabilitation du système d’alimentation en eau potable de la ville.
Dans une entrevue accordée à Password Agency News, le Directeur de l’institution, Pierre Bernadin Poisson, indique que le chantier a atteint un taux d’exécution de 87,2 %, contre 65 % en octobre 2024.
« Nous continuons à avancer malgré les nombreuses contraintes auxquelles le pays a été confronté ces dernières années », affirme-t-il.
Adapter le réseau à une ville qui grandit
Le projet vise à moderniser des infrastructures dont certaines composantes remontent à plusieurs décennies. Au fil du temps, l’extension de la ville et l’augmentation de la population ont progressivement mis sous pression un réseau conçu pour répondre à une réalité urbaine bien différente.
Financé notamment par la Banque interaméricaine de développement (BID) et la Banque mondiale, le programme comprend la pose de nouvelles conduites, la réhabilitation d’ouvrages existants, l’installation d’équipements de distribution et l’augmentation des capacités de stockage.
L’OREPA-Nord recense aujourd’hui 6 702 abonnés sous contrat. Dans le même temps, 10 765 dispositifs de branchement ont déjà été installés devant des résidences à travers la ville, en prévision de futurs raccordements. Environ 3 500 abonnés reçoivent actuellement l’eau de manière régulière.
La distribution fonctionne selon un système de rotation. Chaque zone est généralement alimentée tous les deux jours pendant une période d’environ six heures, explique Pierre Bernadin Poisson. Une organisation rendue nécessaire par l’écart qui subsiste encore entre la demande et les capacités de production du réseau.
Pour renforcer l’approvisionnement, deux réservoirs de 2 250 mètres cubes sont déjà en service à
Bel-Air. Un troisième ouvrage, d’une capacité de 6 000 mètres cubes, est en construction à Babiole. À terme, il doit permettre d’étendre la desserte vers plusieurs secteurs en expansion, notamment en direction de Vaudreuil.
Le défi énergétique
L’un des défis les moins visibles du projet demeure l’énergie.
Alors que le réseau électrique national reste fortement défaillant dans plusieurs régions du pays, les installations de production et de distribution d’eau dépendent largement de générateurs fonctionnant au carburant.
Selon Pierre Bernadin Poisson, l’exploitation du système nécessite environ 2 500 gallons de carburant par mois pour la ville du Cap-Haïtien.
Cette dépendance énergétique représente un coût important pour l’exploitation du service et illustre les difficultés auxquelles fait face le secteur de l’eau en Haïti.
L’assainissement, le défi qui demeure
Si les travaux sur le réseau d’eau potable sont visibles dans plusieurs quartiers de la ville, la question de l’assainissement reste au cœur des préoccupations.
Interrogé sur les critiques selon lesquelles les avancées seraient moins perceptibles dans ce domaine, le directeur de l’OREPA-Nord reconnaît que l’assainissement constitue aujourd’hui l’un des principaux défis du secteur.
Cette réalité n’est pas propre au Cap-Haïtien. Dans plusieurs villes haïtiennes, les investissements dans les réseaux d’eau potable ont souvent progressé plus rapidement que ceux liés à la gestion des eaux usées, au drainage urbain ou au traitement des boues de vidange.
Une échéance encore incertaine
Initialement envisagée pour 2026, la fin des travaux pourrait finalement intervenir plus tard que prévu.
Le directeur de l’OREPA-Nord évoque désormais l’horizon de décembre 2028. Entre la pandémie de Covid-19, les difficultés d’approvisionnement, les crises politiques successives et l’insécurité, le projet a dû composer avec un environnement particulièrement instable.
Pour les responsables de la DINEPA, l’objectif reste néanmoins le même : améliorer durablement l’accès à l’eau potable dans une ville qui continue de s’étendre.Au-delà des chiffres d’avancement, c’est désormais la capacité du réseau à fournir un service plus régulier et à répondre aux milliers de demandes de branchement encore en attente qui constituera le principal indicateur de réussite de ce chantier.
Le véritable test ne résidera toutefois pas uniquement dans le taux d’avancement du chantier. Il se mesurera surtout à la capacité du réseau à fournir un service plus régulier et à répondre, dans les années à venir, aux besoins de milliers de foyers encore en attente d’un raccordement effectif.
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