Séisme dans le Nord : les hôpitaux pourraient-ils faire face à une catastrophe majeure ?
Le Nord compte 837 lits, mais sa capacité à gérer un afflux massif de blessés reste incertaine.
Le département du Nord dispose officiellement de treize hôpitaux et de 837 lits d’hospitalisation. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité plus complexe : les données publiques actuellement disponibles ne permettent pas d'évaluer avec precision la capacité du système de santé à prendre en charge des centaines, voire des milliers de blessés après un séisme de grande ampleur.
Le département du Nord dispose officiellement de treize hôpitaux et de 837 lits d’hospitalisation. Mais derrière ces chiffres se cache une réalité plus complexe : les données publiques actuellement disponibles ne permettent pas d’évaluer avec precision la capacité du système de santé à prendre en charge des centaines, voire des milliers de blessés après un séisme de grande ampleur.
CAP-HAÏTIEN. Le risque sismique dans le Nord est connu. Les scientifiques le rappellent depuis plusieurs décennies : le nord d’Haïti est traversé par la faille septentrionale, l’un des principaux systèmes tectoniques de la Caraïbe. C’est cette faille qui est associée au violent séisme de 1842, lequel détruisit une grande partie du Cap-Haïtien et fit plusieurs milliers de victimes.
Aujourd’hui encore, le Bureau des Mines et de l’Énergie (BME) et l’United States Geological Survey (USGS) considèrent cette région comme l’une des plus exposées aux secousses sismiques en Haïti.
En cas de séisme majeur, une question s’imposerait immédiatement : les hôpitaux du Nord seraient-ils capables d’y répondre ?
Une couverture hospitalière réduite à trois pôles
Le département du Nord compte dix-neuf communes. Seules trois d’entre elles disposent d’un hôpital capable d’opérer et d’hospitaliser dans des conditions dignes de ce nom .
Le dernier inventaire détaillé du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) recense 106 institutions sanitaires dans le département du Nord.
Ce chiffre peut donner l’impression d’un réseau dense. En réalité, la majorité de ces structures sont des dispensaires ou des centres de santé assurant les soins de première ligne.
Parmi elles, seuls treize établissements sont classés comme hôpitaux. Le document du MSPP précise également que douze institutions étaient déjà non fonctionnelles lors du recensement.
Autrement dit, la réponse à une catastrophe reposerait sur un nombre limité d’établissements capables d’assurer des interventions chirurgicales, des hospitalisations prolongées et des soins spécialisés.
Si les treize hôpitaux du département participeraient tous à la prise en charge des victimes, trois établissements concentreraient l’essentiel de la réponse.
Au Cap-Haïtien, l’Hôpital Universitaire Justinien (HUJ) constitue le principal centre hospitalier public du Grand Nord. Selon le MSPP, il dispose d’une capacité d’environ 300 lits et reçoit des patients venant du Nord, du Nord-Est, du Nord-Ouest et parfois de l’Artibonite. Hôpital universitaire, il concentre plusieurs spécialités médicales et chirurgicales et assure également la formation des futurs médecins.
À Milot, l’Hôpital Sacré-Cœur s’est imposé comme l’un des établissements les plus performants du pays. La Fondation CRUDEM annonce une capacité d’environ 230 lits. Son plateau technique et ses services spécialisés lui permettent d’accueillir des patients bien au-delà du département du Nord.
Plus au sud, l’Hôpital Bienfaisance de Pignon complète ce dispositif. Classé parmi les hôpitaux communautaires de référence, il dessert une vaste partie de l’intérieur du département, notamment Pignon, Ranquitte, Saint-Raphaël et les communes voisines. Son rôle est essentiel pour limiter les transferts vers le Cap-Haïtien.
Ces trois établissements constituent les principaux pôles de prise en charge hospitalière du département. En cas de catastrophe majeure, ils seraient appelés à jouer un rôle central dans la réponse sanitaire.
Ces trois établissements cumulent, selon les données les plus récentes disponibles, un peu moins de 500 lits d’hospitalisation pour une population départementale évaluée à environ 1,17 million de personnes par le ministère de la Santé publique et de la population (MSPP) dans son rapport statistique de 2022.
Avec les 837 lits recensés, le département du Nord figure parmi les territoires disposant du plus grand nombre de lits hospitaliers en Haïti.
Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence : ils reposent sur des données collectées lors d’une évaluation réalisée entre 2017 et 2018. Ils ne renseignent ni sur l’état actuel des infrastructures ni sur les capacités opérationnelles des établissements. Surtout, un lit disponible ne garantit pas, à lui seul, la prise en charge d’un blessé grave.
Une réponse efficace dépend également du nombre de chirurgiens, d’anesthésistes, de salles d’opération, de banques de sang, de respirateurs, de réserves d’oxygène, de médicaments et de personnels mobilisables en urgence.
Or, ces informations ne sont pas disponibles dans les bases de données publiques.
L’explosion de 2021 comme révélateur
Il n’est pas nécessaire d’imaginer un scénario catastrophe pour mesurer les limites du système. Elles se sont révélées de façon brutale dans la nuit du 14 au 15 décembre 2021, lorsqu’un camionciterne transportant du carburant a explosé à l’entrée est de Cap-Haïtien.
Le bilan avait dépassé soixante morts et plusieurs dizaines de blessés graves, pour beaucoup atteints de brûlures sur plus de la moitié de leur corps.Cette catastrophe ne peut être comparée directement à un séisme.
L’Hôpital Justinien, qui a accueilli l’essentiel des victimes, a été débordé en quelques heures. Les patients ont été soignés dans la cour de l’établissement, faute de place à l’intérieur des bâtiments.
Pourtant son ampleur était sans commune mesure avec celle d’un tremblement de terre majeur.
Elle montre néanmoins qu’un afflux soudain de blessés peut rapidement mettre sous tension les capacités hospitalières disponibles.
Une préparation difficile à mesurer
Le département du Nord possède l’un des réseaux hospitaliers les plus importants du pays. La présence de l’Hôpital Universitaire Justinien, de l’Hôpital Sacré-Cœur de Milot, de l’Hôpital Bienfaisance de Pignon et de plusieurs hôpitaux communautaires constitue un atout majeur.
Mais la résilience d’un système de santé ne se mesure pas uniquement au nombre d’établissements ou de lits disponibles.
Elle dépend de sa capacité à continuer de fonctionner lorsque les routes sont coupées, que les réseaux électriques sont interrompus, que les communications deviennent difficiles et que des centaines de victimes arrivent en quelques heures.
Les statistiques disponibles offrent une photographie partielle du système hospitalier du Nord. Elles permettent de connaître le nombre d’établissements, leur répartition et leur capacité théorique en lits.
Elles ne permettent pas d’évaluer leur capacité réelle à faire face à une catastrophe de grande ampleur.
Aucune publication officielle récente ne détaille, à l’échelle du département, le nombre de blocs opératoires pleinement fonctionnels, les capacités en soins intensifs, les réserves de sang et d’oxygène médical, les moyens de production électrique de secours ou encore les ressources humaines immédiatement mobilisables.
Car au-delà des chiffres, une seule question demeure : si la terre tremblait demain dans le Nord, le système de santé serait-il en mesure de sauver le plus grand nombre de vies possible ?
C’est une interrogation qui dépasse le seul domaine médical. Elle concerne l’ensemble des politiques de prévention, de gestion des risques et de protection des populations.
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